ISABELLE HENRY

ISABELLE HENRY

Titre:
Lire Notre-Dame de Paris de V. Hugo en arpentage

Résumé:

Le point de départ de cette analyse didactique est le constat du besoin réel de faire lire les élèves et les étudiants en contexte de formation et de les munir d’une culture littéraire. Tout a commencé le 15 avril 2019. Notre-Dame-de-Paris, édifice monumental, vit sa « forêt » et sa « flèche » se consumer dans les flammes d’un gigantesque incendie. La réaction de certains fut de filmer, d’autres de tomber à genoux et de prier, d’autres encore d’ouvrir le livre de Hugo qui traînait dans la bibliothèque, d’autres d’écrire ceci : « Notre-Dame, nef de bois, de pierre, et Notre-Dame de Pa- ris, roman de papier, se reflètent, se réfléchissent, se nourrissent (…). La charpente, la forêt, a péri. Du bois on fait le papier. Le monde du papier, le grand livre ont été ravagés. » (Sylvain Tesson, 2019). Face à l’abîme colossal de cet effondrement architectural, nous avons fait le pari d’ériger un autre monument, le livre, Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Faire renaître de ses cendres l’objet, par la lecture, tout en le déconstruisant et le dynamisant, tel était le besoin au cœur de notre ré- flexion autour d’un projet pédagogique en cours. Autrement dit, comment s’approprier une œuvre patrimoniale monumentale dans un cadre scolaire?

Réaction naturelle des enseignants face à des avertissements passés : « la littérature en péril » (Todorov,  2007), « la fin de la littérature » (Maingueneau, 2006) ou un «sentiment de perte» vis-à-vis de la littérature du passé (Louichon, 2015), cette nécessité nous a inspiré le choix d’une stratégie de lecture… « pas comme les autres ». La lecture arpentage, issue de l’éducation populaire, entend apporter une réponse didactique à des questions telles que : comment impulser l’envie de lire des auteurs classiques encore inconnus de nos élèves/étudiants? Comment réduire la distance culturelle qui les sépare ? Comment aborder un livre de la taille de ce roman hugolien, Notre-Dame de Paris ? De loin, les mots de Roland Barthes (1973: 22-23) ont volé à notre   secours : « (…) a-t-on jamais lu Proust, Balzac, Guerre et Paix, mot à mot ? » (…) Lisez lentement, lisez tout, d’un roman de Zola, le livre vous tombera des mains ». Une lecture « des bouts des doigts», impunie, nous orientait ainsi vers la piste didactique de la lecture-arpentage. Nous avons alors pris le texte à bras le corps pour l’arpenter : déchirer – à proprement parler- le livre, se le partager, en lire un « morceau » et en reconstituer le tout, lors de la phase de discussion. Dans un acte libéra- teur mais déconcertant pour notre public, nous nous sommes érigés alors en « arpenteurs » (LaRue, 1996) qui organisent et investissent les lieux d’un territoire littéraire national, d’un pas large et me- suré, ensemble.

En optant pour un acte de lecture déstructurant mais dynamisant, nous cherchons à explorer la coopération lectoriale (Eco, 1979) car la littérature patrimoniale s’accompagne aussi d’un vide, d’une absence dans le texte (le « blanc interprétatif » chez Umberto Eco, transformé en « blanc lectorial » dans notre projet). À l’âge de « l’hypersphère » (Debray, 2000), le livre et ses formes toujours renouvelées par les nouvelles technologies fait une entorse à l’intégralité textuelle, rendant légitimes nouveaux supports et manières de lire. L’arpentage permet de dynamiser les textes à dé- faut de les dynamiter. Sur le plan didactique, cette technique vise la notion de stéréotypie et de socle de compétences lectoriales. En déstructurant la matière littéraire, elle met en exergue la lisibilité.

Notice Biobibliographie:

PRAG – Formatrice Lettres Modernes

Co-responsable du master MEEF Lettres Modernes – INSPE Caen Normandie

Enseignante dans le parcours Enseignement et préprofessionnalisation (Licence) – Université de Caen.